Compléments d’information

Généralités

La mer est omniprésente : la roche vient de sédiments épais, les êtres vivants qui colonisent les rochers sont issus de la mer.

Lesquels sont les plus anciens ? Les rochers ou les êtres vivants ?
Les rochers ont environ 135 millions d’années. Les premiers êtres vivants sur ces rochers, les cyanobactéries, ont plus de 400 millions d’années.

Donc, aussi étonnant que cela apparaisse à notre jugement immédiat, les formes vivantes sont plus durables que les roches massives. Celles-ci sont vite érodées alors que les formes vivantes se perpétuent des centaines de millions d’années. Le plan d’organisation de la libellule que vous voyez passer existait voici 400 millions d’années alors qu’aucune chaîne de montagnes de cette époque n’existe aujourd’hui.

Comment la vie a t’elle pu quitter la mer pour gagner les terres émergées ? Elle y a rencontré des conditions difficiles : pesanteur, rayons ultra-violets, sécheresses régulières. Elle a réussi à le faire grâce à des associations : les symbioses.

Les premiers organismes sont les cyanobactéries, classées tantôt comme algues, tantôt comme bactéries. Elles réalisent la photosynthèse. On les trouve partout à Païolive : sur les rochers, entre la roche et la couche de lichens ; dans les feuilles des plantes et arbres où elles assurent la photosynthèse.

Les champignons sont aussi experts en symbioses : dans les lichens qui recouvrent les rochers, autour des racines des arbres et des plantes. Sans une association avec eux les plantes et les arbres ne pourraient pas subsister.

La roche calcaire et le karst (les deux premiers panneaux)

L’histoire présentée sur le panneau donne les grandes étapes chronologiques mais l’histoire de la karstification de Païolive est complexe et tout n’est pas encore élucidé.
Il est possible que la karstification ait commencé dès la fin de l’ère secondaire, antérieurement à la compression pyrénéo-provençale. Mais il n’en reste sans doute plus beaucoup de traces aujourd’hui, le massif calcaire ayant été « scalpé » par l’érosion. Pourtant dans le bois d’anciens conduits comme celui qui a creusé la grotte décrite plus loin sont antérieurs à des fractures produites sans doute au Tertiaire.
La karstification dont les résultats sont visibles aujourd’hui s’est développée le long des fractures (diaclases) créées par la compression puis par la distension qui a suivi, à l’époque de l’affaissement du fossé d’Alès et du drainage des rivières vers ce bassin.
Les réseaux les plus anciens en place datent du tertiaire ( ma) comme le prouvent les ossements d’une faune de cette époque piégée à Mélias dans un aven. Ces réseaux sont aujourd’hui à ciel ouvert pour la plupart.
Le Chassezac (qui n’avait pas ce nom) a dû s’enfoncer et creuser ses gorges en même temps que celles de l’Ardèche lorsque le niveau de la Méditerranée s’est abaissé. La karstification a alors été relancée et les anciens conduits ont été abandonnés tandis que d’autres se creusaient en profondeur.
C’est ensuite, notamment pendant les alternances de périodes glaciaires et interglaciaires, que se sont creusées les formes superficielles visibles sur les rochers : cannelures, cupules, etc.
Note : Karst signifie un massif de roches, principalement calcaires, creusées en profondeur par l’eau chargée de gaz carbonique. Le mot provient sans doute d’une racine très ancienne : kal ou kar signifiant pierre, roche qui a donné : Causses, Crau et nos Gras.

Les Trois-Seigneurs

Ce secteur du bois comporte quelques vestiges historiques mais sur l’ensemble du site ils sont rares. En fait le bois a été habité à la préhistoire mais délaissé ensuite, jusqu’à nos jours. De l’époque du Moyen Age ne datent que cette ruine, l’ermitage Saint-Eugène, le « château » de Casteljau et une grotte fortifiée dans les gorges du Chassezac. Plus loin il y a aussi le village de Labeaume.

La vie sur le rocher

Le calcaire de Païolive est de couleur grise ou brune.

roche

Vidéo : grattez le rocher avec un caillou et en enlevant la couche de lichens vous voyez apparaître du vert. Ce sont des cyanobactéries !

Sur un rocher il peut y avoir vingt ou trente espèces de lichens.

La grotte

Vous voyez à environ deux mètres du plafond une petite arche. C’est un « plafond stalagmitique » c’est-à-dire une masse de calcite, formée comme une stalagmite étalée sur le sol. Lorsque le soutirage des alluvions s’est arrêté, les eaux de ruissellement ont formé cette concrétion. Puis le soutirage des alluvions a repris et le plancher stalagmitique s’est retrouvé soudé … au plafond.

Les chênes têtards
Y a-t-il de très vieux chênes à Païolive ? Le plus ancien mesuré avait 225 ans. Certains chênes de plus fort diamètre ont peut être autour de 300 ans. En fait une étude a montré que le meilleur indicateur de l’âge des arbres n’était pas toujours leur diamètre mais leur hauteur ! Cela dépend aussi beaucoup des « stations » c’est-à-dire du relief et de la nature du sol. Des études sont toujours en cours pour élucider les caractéristiques de la chênaie de Païolive dont certains arbres ont des comportements de lianes encore non expliqués.

Le barrage filtrant

Il existe des barrages filtrants de grande taille non loin d’ici dans la vallée du Granzon. L’un d’eux, construit sans doute à une époque plus récente, a été placé dans un méandre pour tenir compte de l’accumulation des alluvions dans la partie convexe de celui-ci et mieux les retenir. Ces alluvions étaient ensuite remontés dans les jardins en terrasse bâtis au-dessus.
Une telle intervention humaine est remarquable en ce qu’elle montre que l’homme peut laisser une trace sur l’environnement sans l’aménager, de telle sorte que l’héritage culturel soit lisible dans l’organisation du paysage.

Les symbioses

Les symbioses ne sont pas propres à Païolive mais ce karst boisé invite à leur prêter une attention renouvelée. En effet si la roche est née sous la mer, les formes vivantes en sont aussi sorties pour coloniser les terres émergées où elles ont dû surmonter de nombreux handicaps :
– faible disponibilité en eau
– lumière vive et rayonnements ultra-violets
– écarts de températures
– ressources alimentaires localisées dans l’air, l’eau, les substrats
Cest grâce à des symbioses que ces handicaps ont pu être surmontés. Les solutions trouvées voici 400 millions d’années sont toujours à la base de la vie sur terre. Cette biodiversité invisible est la base de la biodiversité visible et ces formes vivantes sont finalement plus durables que les roches les plus dures.
Le calcaire de Païolive est donc plus jeune que les cyanobactéries et les lichens qui le recouvrent et le cachent à votre regard

Le bois mort

Il y a plus de bois mort qu’on ne pense à Païolive. Les gros arbres morts sur pied sont moins fréquents mais beaucoup de branches mortes ou de petits arbres sont tombés dans les failles et échappent aux regards. Il y a aussi des arbres sénescents dont de grosses branches sont déjà mortes.
Les cortèges saproxyliques (liés au bois mort) sont très abondants à Païolive, notamment les coléoptères : une étude récente en a recensé 362 espèces !

Le grand chêne

La richesse d’un grand chêne comme celui-ci est incommensurable ! Vivant il abrite une biodiversité allant du plus petit (bactéries, champignons mycorhyziens) au plus grand (oiseaux et mammifères). Mort il requiert l’intervention d’une grande variété d’organismes pour retourner à la terre.
Francis Hallé compare les nervures dans le sol qui hébergent les champignons symbiotiques à un « feuillage souterrain ». Les arbres communiquent entre eux par leurs réseaux racinaires. Finalement nous ignorons encore beaucoup de choses sur l’arbre.
Il récapitule toute la biodiversité terrestre et la protège. Son rôle est essentiel pour le maintien du sol et de sa fertilité, la photosynthèse, l’absorption du carbone, le régime des pluies, etc. De tels grands arbres deviennent rares aujourd’hui en France.

L’arbre de la biodiversité

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